De la pratique du jo

Tout ce qui peut être dit ou écrit à propos du Jo l’a déjà été fait, reste simplement à pratiquer.

Ce qui suit est la description de ma perception de l’utilisation du JO dans ma pratique et l’enseignement de l’aïkido.

A l’origine.

Il est généralement admis que le Jo et sa pratique trouvent leur origine de la pratique de la lance, Yari et du fauchard, Naginata. Nous avons affaire à un simple bâton d’1,28 mètre de long, parfaitement cylindrique dont le diamètre dépend de votre confort de saisie.

Cette arme, apparemment primitive, est d’une redoutable efficacité entre les mains d’un expert et se révèle extrêmement riche d’enseignement tout au long de l’étude de son maniement.

L’Aïki-jo, pratique du Jo dans l’Aïkido, a été développé à partir de l'art de la lance. que Morihei Ueshiba avait étudié avec Sokaku Takeda, est donc à ce titre, différent du Jodo principalement basé sur des techniques de défense contre un sabre.

Les attaques.

Le Jo se pratique dans le cadre de l’Aiki-jo, soit individuellement sous forme d’enchaînements simples (kata) regroupant différentes manipulations de base du bâton et permettant d’exercer son habileté gestuelle, soit avec un ou des partenaires dans des phases de simulation de combat (kumi-jo). Le bâton peut également être utilisé comme arme contre un partenaire à mains nues (jo-nage) ou au contraire comme moyen d’esquive sur une attaque à mains nues (jo-dori). Le kata des 31 mouvements, couramment appelé « Kata 31 » et synthétisé par Morihiro Saïto Sensei,  permet de travailler les mouvements fondamentaux, coups d’estoc et de taille, et les mouvements de blocage.

Le plus grand soin doit être apporté aux attaques. Il s’agit de créer une situation la plus cohérente possible sur un plan martial. Le fait de se référer à la lance apporte beaucoup en ce sens. Le fait d’armer,  de se déplacer et de frapper ou couper (estoc et taille) demande beaucoup de travail et de vigilance notamment sur la position du corps, le centre, la fluidité du déplacement et la disponibilité.  Par exemple,  la plus simple des attaques, mais pas la plus facile, tsuki, demande beaucoup de travail pour trouver la précision, la vitesse, la légèreté du déplacement et la disponibilité. Il faut pouvoir attaquer son partenaire tout en gardant l’équilibre, le shisei, le contrôle de l’arme et du centre.  

A l’instar du bokken et du tanto, le Jo est un outil pédagogique formidable. La pratique du JO est d’une grande valeur dans l'apprentissage de l'Aïkido.

Généralement ont utilise la garde inverse de celle du Bokken, ce qui permet un développement harmonieux du corps. Mais les deux sont possibles. Il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’une lance tant dans le travail de uke que celui de tori ce qui oblige à une très grande vigilance quant à l’utilisation du corps.

La notion de zanshin (vigilance du début à la fin du mouvement) y est naturellement développée et acquise car intimement liée à l’utilisation de l’arme et au reishiki (l’étiquette), pré-requis indispensable à la pratique des arts martiaux.

Les notions distance et de temps (Ma-Aï), de lignes et de trajectoires d'attaque (Hassuji), les placements déplacements de corps (Taï-sabaki) sont les mêmes qu’à main nues. L’utilisation du Jo ajoute des contraintes supplémentaires à l’apprentissage qui exigent une plus grande maitrise de ces notions. La distance différente, le sens du risque relatif à l’usage de l’arme demandent une plus grande attention et une concentration accrue.

Ainsi un effort particulier doit être fourni pour obtenir / garderun shisei (posture) correct permettant la légèreté des appuis, la disponibilité, donc conserver la possibilité de se déplacer facilement sans utiliser de force. A cette fin le positionnement des hanches, des pieds et du regard feront l’objet de tous les soins.

Le regard est probablement l’un des sujets qui demande le plus d’attention car il détermine la justesse du shisei. Si le regard se fixe sur le Jo (l’arme qui attaque comme sur la main qui frappe), le shisei se modifie / corrompt et les déplacements deviennent laborieux. Le regard doit se situer au niveau des épaules du partenaire, sans se poser/fixer  sur lui afin de le percevoir dans son ensemble et ainsi voir tous les changements chez lui.

Le Jo comme le bokken ou encore le tanto est le prolongement du corps. Au delà de cet aphorisme souvent utilisé se trouve peut-être la quintessence de la pratique du Jo. Il devient révélateur et amplificateur des erreurs, ce qui ajoute à sa dimension pédagogique dans l’apprentissage de l’Aïkido. Il faut s’attacher à réaliser tous les mouvements sans utilisation de la force et à vitesse constante pour éviter les blocages et les arrêts ou les cassures dans l’exécution des techniques. C’est à dire qu’il faut trouver le relâchement. Dans la pratique en Jo-Dori (attaque du partenaire armé du Jo) ou en Jo-nage (le partenaire attaque pour se saisir du Jo) la moindre force appliquée sur le bâton sera démultipliée par un jeu de couples et de moments associés à la dite force. Il est nécessaire de préciser le travail sur la direction du déplacement, le placement des hanches et bras pour obtenir un mouvement fluide, continu et sans heurts.

La pratique régulière du Jo et notamment des kumi-Jo aide à concrétiser les notions comme le centre, la ligne d’attaque, kamae (garde), shisei (posture), metsuke (le regard), taï-sabaki (déplacement du corps), mais également les principes de ma-aï (distance), irimi… Si l’entraînement se déroule essentiellement à l’intérieur du dojo, il peut bien évidemment s’extérioriser afin de s’habituer à d‘autres environnements : espaces ouverts, forêts ou d’autres caractéristiques de sol  comme le sable, l’herbe ou encore des sols inégaux et caillouteux.

En résumé et pour faire simple

L’Aïki-jo, pratique du jo, est intimement liée à la pratique  de l’Aïkido, la relation avec le travail à main nues y est présente à tout instant. L’utilisation du Jo, comme du Bokken ou encore du tanto, intègre naturellement la leçon au même titre que d’autres formes de travail (Waza) telles que suwariwaza (à genoux), hamnihandachiwaza (l’attaquant est debout), tachiwaza (les deux partenaires debout), etc. Les armes exigent un engagement véritable dans l'attaque, une réelle résolution dans la défense et par dessus tout, une attention très soutenue pendant toute la pratique. De plus la compréhension de certaines techniques à mains nues nécessite une étude approfondie des armes.

 

Robert LE VOURCH Shihan

6ème Dan Aïkikaï

Chargé d’enseignement National, FFAB.

Expliciter la notion de relâchement ?

INTERVIEW

Expliciter la notion de relâchement ?

La notion de relâchement n’est pas chose aisée à expliquer. Chacun développe sa propre perception et comprend le relâchement à sa manière. Expliquer une telle notion par des mots est très difficile. Ce qui suit se limite à mon expérience et à ma recherche personnelle.

Chercher le relâchement, c’est développer la sensation qu’il n’y a plus de force dans les bras dans le cas d’une saisie du poignet. C’est imaginer « disparaître » de la saisie, enlever tous les points d’appuis qui permettent au partenaire de garder le contrôle de la situation.
En imaginant qu’une force soit définie par un point et un vecteur, enlever le point d’appui rend la force inapplicable. Le relâchement, c’est donc la liberté de mouvement.

En Aïkido, la technique doit s’effectuer sans heurt et à vitesse constante.
Chaque coupure, chaque accélération, provoque un blocage dû à l’utilisation inappropriée de la force. Utiliser la puissance musculaire pour contraindre le partenaire provoque systématiquement chez ce dernier une réaction et la cassure du mouvement. La tendance à mettre de la force pendant l’exécution de la technique est difficile à réfréner surtout quand Uke est lui-même fort physiquement et/ou impressionnant. Accroître sa confiance dans la technique, se convaincre que « cela marche », peut être une bonne façon d’y parvenir.

De plus, la technique doit être aussi agréable à réaliser par Tori qu’à subir par Uke.
Prendre du plaisir en pratiquant !

Sur le plan physique, le relâchement est lié au Shisei. Si celui-ci n’est pas correct, le relâchement ne sera pas complet. Il faut développer les muscles profonds, responsables du maintien structural.
L’axe du corps doit rester vertical et les épaules horizontales.  Il est primordial de se construire une bonne posture, de  développer la prise de conscience de son corps dans l’espace pour acquérir la liberté de mouvement. C’est difficile car nous n’avons pas les yeux pour nous voir !
Le regard a son importance pour garder un bon Shisei. Il faut garder une vue d’ensemble.
Se focaliser sur Uke, sur une partie de son corps ou sur l’arme qu’il peut utiliser conduit inévitablement à une perte de mobilité et donc au blocage.

 Mentalement, la sérénité, la disponibilité, la concentration répondent, à mon sens, à la définition du relâchement. Il est plus difficile et moins productif de pratiquer avec l’esprit préoccupé. Les différentes préparations enseignées par Tamura Sensei, intégrant toutes de nombreux exercices de respiration, permettent de faire le vide dans sa tête et de se concentrer. S'évader du quotidien de la vie… Il faut continuellement penser à conserver une bonne attitude mentale et physique.

Enseigner la notion de relâchement ?

C’est enseigner l’Aïkido !

Il faut faire attention au danger des mots. Décrire une sensation est un exercice délicat.
En fait, souvent le verbe ne devient compréhensible qu’après avoir acquis la sensation.
Je crois qu’en Aïkido, enseigner c’est plutôt transmettre une sensation qu’utiliser des mots.

Pour essayer de mieux me faire comprendre, je vous propose cette petite anecdote.
A l’époque où j’apprenais le pilotage des avions, trois instructeurs différents (il n’en fallait pas moins !...) m’enseignèrent la maîtrise de l’atterrissage. Il s’agit, certes, d’un moment particulièrement délicat. Chacun de ces formateurs essayait de m’expliquer sa propre sensation. L’art du pilotage s’exprime peut-être avec quelque chose de comparable à ce que nous développons dans les arts martiaux.

Les explications de chacun d’entre eux me semblaient différentes. Pour moi, il s’agissait de trois points de vue distincts. Enfin, un jour, j’ai perçu cette sensation. Moment splendide !
J’ai compris. Leurs trois appréciations convergeaient vers une seule et même définition.

Tant que je ne l’avais pas ressentie par moi-même, elles demeuraient à mon sens différentes, séparées, voire opposées.

Dans l’Aïkido, c’est similaire. Chacun a une perception liée à ses propres possibilités et  apprendra différemment. L’écoute des élèves est indispensable. Il faut leur transmettre la sensation sans les noyer dans les explications.

La démonstration et l’explication ont leur limite : le dit, l’entendu, le compris et le ressenti sont souvent différents pour les uns et les autres. De même sont : le démontré, le vu, le compris et le réalisé. Il appartient donc à l’enseignant de transmettre la juste sensation.
Chaque professeur pourra avoir une explication différente pour une « même sensation ».
D’où l’intérêt d’aller voir d’autres enseignants.

On n’enseigne que ce que l’on sait faire. J'essaie simplement d’amener mes élèves à partager ma propre recherche. Chacun doit l’aborder à son niveau, en fonction de ses pré-requis.
Je vais enseigner exactement les mêmes gestes techniques aux débutants qu’aux anciens.

Relâchement et travail des Suburi

Les Suburi sont très utiles, voire indispensables, pour construire le corps et travailler le relâchement. Par la pratique régulière, on acquiert les éléments nécessaires à la construction d’un bon Shisei, à la suppression des points d’appuis, à la liberté de mouvement.

Le travail de la coupe est essentiel pour obtenir le relâchement : il s’agit de couper et non pas de « frapper » ce qui, à mon sens, réclame de la force musculaire.

En pratiquant avec un partenaire, frapper son Bokken crée un temps d’arrêt qui, même très court, provoque un blocage. C’est comme donner un point d’appui ou reprendre sa respiration pendant l’exécution du mouvement. Une technique d’aïkido doit être effectuée sans coupure, sans heurt et à vitesse constante. C’est une combinaison de plusieurs mouvements simples, réalisés au même moment. En cas de cassure ou d’arrêt pendant la réalisation du mouvement, il est important de prendre conscience de ce défaut et d’être honnête avec soi-même pour changer son travail. Il faut développer la sincérité dans son travail. Dans les Suburi, si on pratique de manière incorrecte, on ne fait que répéter des erreurs, et les inscrire dans le corps !

On ne peut pas parler des Suburi sans aborder l’importance de la respiration.

Le travail de placement et de contrôle de la respiration, c’est-à-dire la synchronisation de cette dernière aux  mouvements simples des différentes parties du corps (avec l’exercice « des huit brocards » par exemple), aide à gérer les émotions, à libérer l’esprit, à s’équilibrer, à soigner l’attitude, à optimiser l’utilisation du corps. C’est la clé pour obtenir la fluidité du mouvement, la continuité de la technique et une vitesse constante. Dans la pratique des Suburi, il faut coordonner les coupes avec les déplacements (ou placements).

Pour conclure

La technique doit apparaître comme évidente quand on la réalise. Ne penser qu’à contrôler son partenaire, avant même le début de l’attaque, limite la disponibilité, occupe l’esprit et conduit au blocage. Quand tout est en place avant le début de l’attaque (c’est-à-dire le Shisei, la prise de contrôle du centre de Uke, son placement par rapport à lui, la légèreté des appuis), alors la technique apparaît comme évidente à réaliser.

 

Robert LE VOURCH Shihan

6ème Dan Aïkikaï

Chargé d’enseignement National, FFAB.

Le jo en Aïkido... by Nico

Nico nous livre un article perso sur l'historique et la pratique du Jo en Aïkido. Merci à lui pour sa contribution.

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour faire un mea-culpa, sur mon célèbre «à part le Jo tout va...», voici un petit texte sur le dit: Jo (à ne pas confondre avec le dijo pour les initiés du 23H...

Commençons par un peu d'histoire.

Le Jo est une arme plus récente  (XVII siècle ) que le bokken (XIV siècle) et crée par un escrimeur nommé: Muso Gonnosuke, qui après une défaite lors d'un duel, voulais une arme suffisamment longue pour avoir l'avantage sur un sabre. C’est une arme simple et rudimentaire mais redoutable dans des mains expertes.( Bob par exemple sans vexer notre cher ami François....)

D'un côté plus technique.

Le Jo est un bâton court de 1m28, qui permet à son détenteur de maîtriser son adversaire sans pour autant lui être fatale.

Muso Gonnosuke enseigna alors dans son école 64 mouvements de base et 12 techniques du maniement du Jo. Ceux-ci furent codifié en 1955 en devenant le JODO, «la voie du bâton».

Tout comme les autres armes en aïkido (bokken, tanto), le Jo reste un outil pédagogique pour évaluer les distances ainsi que le placement.

Une  particularité du Jo est sa parfaite symétrie. Sa section est circulaire : il n'est donc pas nécessaire de l'orienter pour frapper, contrairement à une coupe comme avec le bokken qui lui  un angle d'attaque très précis. 

Évidement tout cela afin de parfaire le développement et  la coordination sur le centrage propre à l'Aïkido.

 

Maintenant place à la pratique et à bientôt sur le tatami...

Nico